Le Professeur Léon BINET(1891-1971)

 Un savant à St Priest la Feuille.

 Le 29 Novembre 1959, M Peurusson, maire, fait citoyen d’honneur de St Priest la Feuille le Professeur LEON BINET (1). C’est avec fierté que les enfants de notre commune apprennent que chez nous habite, « Au château », « le plus grand docteur de France » et que cet homme passe là une partie de ses vacances. Les mieux informés savent que le professeur, marié à Mademoiselle Anne-Marie Pradeau, enfant du pays est Doyen de la Faculté de Médecine de Paris. Il y a donc parmi les Baracats (2) un authentique savant comparable au grand Pasteur dont les travaux relatés à l’école primaire forcent l’admiration. Les tempes des écoliers d’alors ont grisé, et certains d’entre eux voudraient par le biais du site Internet de la commune rendre un modeste hommage à l’auteur de « Creuse, mon beau pays » en résumant ce qu’ils savent de ses travaux et de ses livres.

Les études. Le médecin du front.
Léon Binet est né de parents instituteurs en 1891 à Provins où il effectue ses études secondaires avant de partir pour Paris à l’âge de 17 ans. Il entre à la Faculté de Médecine de Paris en 1910 et très tôt se fait remarquer du professeur Roger qui le prend pour assistant et restera son maître. Après l’internat des hôpitaux (1913), la grande guerre éclate et il est incorporé comme médecin de bataillon. Il connaîtra Verdun. Lors d’une retraite, parmi des soldats laissés pour morts qu’on ramène il entend stupéfait crier « Monsieur le major, j’ai soif ! ». « Ce jour-là j’ai compris qu’un médecin doit toujours tenter l’impossible » dira-t-il plus tard. En 1916 il est rattaché à un centre de rééducation des mutilés au Grand Palais. Il soutient sa thèse de doctorat « Recherches sur le tremblement » en 1918.

Une prodigieuse ascension professionnelle.
Qu’on en juge : chef de laboratoire de médecine expérimentale, agrégé de physiologie (1923), médecin des hôpitaux (1925), chef du laboratoire de physiologie (1927), docteur es sciences (1929) avec pour sujet de thèse « La rate, organe réservoir », professeur titulaire de la chaire de physiologie à la faculté de médecine de Paris (1931).

Parmi d’innombrables travaux et réalisations : le poumon d’acier.
Le profane se perd sur la quantité et la diversité des travaux éminents entrepris, dont témoignent d’innombrables publications : études sur la circulation pulmonaire, l’hémorragie aiguë, l’asphyxie. Son ouvrage « L’anoxémie (3) ses effets, son traitement » lui vaudra le Prix Montyon de l’Académie des Sciences en 1940. Ses travaux l’amèneront avec son assistante Madeleine Blochet à imaginer et mettre au point des modèles de « poumon d’acier », appareils connus du grand public et utilisés dans le monde entier. Sont aussi abordés les problèmes digestifs, l’endocrinologie, les propriétés du glutathion (4), les poisons et leurs antidotes, la biologie marine, le traitement de la sénescence...

Une reconnaissance universelle.
Le professeur Binet sera admis aux académies de médecine (1939), des Sciences (1942), de chirurgie, de pharmacie et vétérinaire, deviendra président des deux premières et enfin doyen de la Faculté de Médecine de Paris en 1946. Parallèlement il sera chef de services à l’hôpital Necker où il fonde un centre de réanimation respiratoire - discipline nouvelle - puis à celui de Sainte Florine jusqu’en 1963 où il établit les bases scientifiques et cliniques de la gérontologie. En mars 1962, lui est décernée la médaille de vermeil de la ville de Paris. De multiples distinctions et décorations lui seront décernées dans divers pays dont la dignité de Grand-Croix de la Légion d’honneur. Il était membre de L’Institut. Il s’éteindra en 1971 après quelques mois d’une maladie qui le retranchera du monde.

Le biologiste amoureux de la nature.
Outre l’éminent Professeur et chercheur, Léon Binet est aussi un Creusois amoureux de sa campagne. Muni de jumelles ou d’une loupe, l’observateur éclairé ne se lasse pas de ses promenades champêtres. De ses observations, il tire un art de vivre dont témoignent des livres accessibles à tous où il conte la nature, la vie des êtres. Voici un extrait de l’introduction de « Cent pas autour de ma maison » : « Observer un insecte, écouter un oiseau, regarder le cheval qui galope, l’agneau qui agenouillé, tette sa mère, le chien qui joue, cela ne vaut-il pas de lointaines randonnées ? »

Celui qui souffre et qui se rend au grand médecin.
Combien de gens des environs, atteints parfois de maladies graves sont venus lui demander conseils ? L’homme généreux les accueillait, leur indiquait la meilleure voie à suivre mais n’acceptait pas d’argent. Alors, à la mesure de leurs moyens ces gens humbles le remerciaient d’un coq, d’un lapin, d’un lièvre...

Une anecdote croustillante.
C’est à son employée Léontine que nous devons l’histoire. Le Professeur possédait des paons. Un jour que le coq faisait la roue, il demanda à Léontine d’aller chercher un grand miroir. La bête découvrit en son image un rival aussi beau et orgueilleux que lui (et pour cause...) et se rua à plusieurs reprises sur l’intrus... Un rire irrésistible secouait le Professeur. Il arrêta « l’expérience » pour préserver son animal et déclara : « Ce fut concluant ! ». Pour être savant, on n’en est pas moins Homme...


- (1) Sur la photo de la remise de médaille, on distingue de gauche à droite Messieurs Eliche, maire adjoint, Peurusson, maire, le professeur Binet, le préfet de la Creuse M Coiffard, et le docteur Parrain.
- (2) Les Barracats sont les habitants de St Priest la Feuille, on ne sait pas pourquoi.
- (3) L’anoxémie est le défaut d’oxygénation du sang.
- (4) Substance clé qui intervient dans la respiration tissulaire.

Quelques ouvrages de Léon Binet écrits en Creuse :
La vie de la Mante Religieuse. 1931, Vigot Frères éd. Paris.
Scènes de la Vie Animale.1933 Gallimard éd. Paris
. Les Scènes de la Vie Animale (choix). 1946. Gallimard éd. Paris.
Les Animaux au service de la Science. 1940. Gallimard éd. Paris.
Au bord de l’Etang 1939 et 1948. Maugard éd. Rouen.
Cent Pas autour de ma maison.1941 et 1946. Le Mercure de France éd. Paris.
Univers de la Biologie. 1951. La Diane Française éd. Nice.
Les Curiosités de la Vie Animale. 1952. Tiranty éd. Paris.
Le roman de la Mante Religieuse. 1954. Les Beaux Livres. Monaco.
Le roman du Moineau.1955 S.A.M. Les Flots bleus. Monaco.
La Vie des Bêtes sur la terre, dans les airs et dans les eaux 1955 Médecins Bibliophiles.éd. Paris.
Secrets de la Vie des Animaux. 1956. Les Presses Universitaires de France. Ed. Paris.
Creuse, mon Beau Pays. 1958. éd. Magnard.
Texte de Jean René Dufour

 


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Le poumon d’acier
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Léon Binet vêtu du pourpre et de l’hermine des doyens de la faculté de médecine.
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Léon Binet observateur passionné de la nature.
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Remise de la médaille de citoyen d’honneur de St Priest la Feuille.