La Gartempe en amont de Pallet



Notre vallée de la GARTEMPE

 Notre belle rivière se faufile entre les collines, ondoie à travers les prairies, se repose dans les nombreuses écluses où autrefois jasaient des moulins avant de se jeter, éblouissante, sur les rochers qu’elle érode. Descendons là, de Salagnac à Fursac, un parcours qu’avait fait autrefois mais en sens inverse Saint Léobon.

La légende de St Léobon. (D’après Bonaventure de St Amable 1685)
Au 6ème siècle, dans les bois autour de Fursac, vivait un homme généreux au beau corps d’athlète du nom de Léobon. Aucune femme ne parvenant à le séduire il demeurait chaste. Satan voulut l’éprouver, tenter la chair par...la chair en faisant rétribuer « une femme perdue », au physique avantageux. A la nuit tombée elle se rend chez notre homme, qui la croyant égarée lui offre l’hospitalité. Cette nouvelle (Eve ?), minaude, joint des caresses pressantes et voilà que Léobon l’invite à partager sa couche...Va -t-il succomber ? Il s’étend sur le sol de sa cabane où il a déposé des braises ardentes qui curieusement ne le brûlent pas. La dame s’effraie et détale à toutes jambes. De peur d’être soumis à d’autres tentations Léobon remonte la Gartempe jusqu’à Salagnac où il vivra en ermite et mourra en 539. On en fera un saint. Cette histoire a une suite...

Les reliques de St Léobon d’abord transportées à Limoges furent rapportées à Salagnac où les habitants de Fursac voulurent les récupérer. De nuit ils les chargèrent sur une charrette tirée par des bœufs mais le bruit de leur attelage réveilla des habitants qui se précipitèrent à Grand-Bourg pour faire sonner le tocsin en criant « Dzens d’au Bourg, levâs-vous, lou Fursacous emportant Sant Leobou ! » Près de Marliat un pugilat éclata, Fursacois et Salagnacois se « partagèrent » les fameuses reliques. Là, les versions différent. Chaque camp resta convaincu d’avoir emporté au moins le bras droit...« Où sera mon bras droit, sera mon pouvoir miraculeux » aurait dit Léobon. Ce qui en resta en 994 fut ramené à Limoges et conservé dans du vin rouge. Celui-ci, bu par des grands malades atteints de la maladie des Ardents provoquait des miracles... Aujourd’hui St Etienne de Fursac entretient une croix dédiée au Saint sur la route du même nom près du hameau de Lachaise. Grand-Bourg a dédié son église à Saint Léobon et Saint Roch._

La Gartempe à Salagnac.
La vallée en forme de coude est si encaissée que l’on parlerait presque de gorges. Les hauteurs de chaque rive sont chargées d’histoire. A gauche la colline du Châtelard abritait un camp romain. A droite, au carrefour de voies romaines, Salagnacum fut édifié et l’on construisit des chapelles puis un château fort (quelques caves subsisteraient) qui appartint un temps à Poton de Xaintrailles, compagnon de Jeanne d’Arc. De Salagnac, facile à défendre mais trop exigu, est né Grand-Bourg plus propice au commerce. Une suite de moulins (Sebrot, du Pont (de Salagnac), de Chalibat se mirent dans l’eau de leurs écluses.

La Gartempe paresseuse.
Une faible déclivité provoque une suite de méandres. Tantôt la rivière défile entre des haies arborées limitant les terres des hameaux de l’Âge au Fils et de Nibouleix, tantôt elle lésarde au soleil jusqu’au Pont de Masvignier, surveillée de très haut par le majestueux château d’eau des Cimades. De part et d’autre de paisibles troupeaux contribuent à donner une sérénité particulière au paysage. Là où la Gartempe travaillait autrefois et nous abreuve aujourd’hui.
Il y a une vingtaine d’années, le moulin de Masvignier avait été transformé en un restaurant renommé. Qui ne se rappelle l’enchantement de faire bonne chère sur sa terrasse ombragée à quelques mètres de l’eau, bercé par le bruit régulier de la chute de l’écluse ? Même la roue du moulin tournait pour le plaisir des touristes. Le restaurant n’est plus, mais du pont, on peut admirer l’endroit. Un peu plus loin, la route qui surplombe laisse découvrir l’ancien moulin de La Ribière. En aval, une station prélève et traite l’eau qui alimente une bonne partie du réseau environnant. Un kilomètre plus bas, des turbines permettaient il y a 50 ans de tisser la laine en une étoffe rustique, le drap de la Côte. Aujourd’hui, l’usine devenue câblerie fonctionne sur le secteur électrique et son écluse a été détruite. Dommage pour les promenades le long de cette grande retenue paisible qui doublait en son sein ses rives de saules murmurant au moindre zéphyr. Passons le pont de La Côte cher aux amoureux d’autrefois puis le Moulin de Chatelus, le Moulin Neuf et voici la plus haute chute de notre parcours : celle de l’usine de Lacour. Un bond d’au moins quatre mètres ! Construite au début du 20ème siècle par l’ingénieur Barbeau, la centrale produisait un courant triphasé de 5500 volts pour alimenter les communes du canton de La Souterraine et même celle de St Sébastien. Un agent EDF y résidait jusque dans les années 60. Maintenant c’est une propriété privée mais dont on peut observer le site en descendant avec précaution la rive gauche. Quel spectacle en cas de crue !



La Gartempe sauvage.
Après de larges méandres la rivière traverse un site plus sauvage. Elle butte par sa rive gauche contre des collines qui la font repartir à angle droit, nous sommes près de Pallet où une écluse la ralentit. Là aussi autrefois tournait la roue d’un moulin avec un gué connu depuis les gallo-romains. En aval, la rivière se fraie un passage entre des pentes redoutables. Les énormes rochers de Ste Hélène forment des sentinelles trapues au bord d’une eau parfois profonde que dissimulent d’épaisses lignes d’arbres. C’est ici que dans les années 50 un projet de barrage hydroélectrique avait été envisagé dont la retenue aurait été mourir au pied du pont de La Côte mais il n’y a pas eu de suite.



Les Moulins.
Sur la rive droite voici les toutes récentes « Folies d’Amédée » : intégrés dans les arbres de la rive droite très pentue, des abris rustiques variés résolument design peuvent accueillir pour la nuit et le petit déjeuner des amoureux de la nature à l’état brut. L’entreprise « Lou Fagotin » qui les a conçus fabrique des petits meubles en châtaigniers exportés bien au-delà de l’hexagone. Le hameau des Moulins ou fonctionne une microcentrale électrique possède un double pont partiellement en bois qui a tout le charme romanesque d’autrefois.

L’arrivée à Fursac.
Maintenant l’horizon se dégage. Dans ces prés en amont de Fursac se déroulait dans les années 50 un concours de pêche renommé : Fanfare en tête, gaules déployées quelque 150 concurrents défilaient avant d’aller traquer le goujon ou le chevesne, le « canou de Feursa » tonnant le début et la fin de l’épreuve. Le premier prix était...un porc ! Encore l’écluse d’un ancien moulin, celui des Gaulières dont l’écume rappelle le meunier tout en blanc qui surveillait le flot de la farine qui s’amassait, promesse du bon pain des Fursacois. Enfin la Gartempe caresse les fondations de l’église de St Etienne puis elle s’écoule sous le premier pont de pierre de St Etienne reconstruit dans les années 1860. Son parapet est un siège providentiel pour les spectateurs du feu d’artifice le 13 Juillet.
Le parcours est en grande partie faisable en VTT. Les nombreux endroits accessibles en voiture permettront au promeneur de se reposer, de méditer devant l’onde dont le flot sans cesse renouvelé s’enfuit comme le temps qui passe.
Texte de Jean René Dufour

THE GARTEMPE VALLEY

Our beautiful river wends its way through the hills, ripples across the meadows, and rests at numerous sluice gates where mills used to clatter, before hurling itself onto the rocks which it slowly erodes. This route, from Salagnac to Fursac was taken, but in the opposite direction, by Saint Leobon many years ago.

The Legend of St Leobon (according to Bonaventure of St Amable 1685) In the 6th century, in the woods round Fursac lived a kind and handsome man named Leobon. No woman had ever succeeded in seducing him and he remained chaste. Satan, wishing to test Leobon, sent a beautiful woman to his hut at nightfall. Thinking she was lost, Leobon welcomed her in. The woman artfully tried to gain his interest and he invited her to spend the night with him. Leobon however, lay down on the floor of his hut where he had laid burning embers, which strangely did not burn him. The woman was so terrified at this that she ran off. Worried that he might be subject to other temptations, Leobon moved further up the Gartempe to Salagnac where he lived as a hermit until his death in 539. He was subsequently made a saint. There is a second part to this story .............

The remains of St Leobon, initially taken to Limoges, were brought back to Salagnac. However the inhabitants of Fursac wanted them back. One night they loaded the remains onto an ox cart but the noise made by the harnesses woke the locals who rushed to Grand-Bourg to ring the alarm. Near Marliat a fight ensued, with residents of Fursac and Salagnac “sharing out” the remains. Here, versions differ. Each side was convinced it had his right arm. (St Leobon was supposed to have said “Wherever my right arm may be, there will be my miraculous powers.”) In 994 what remains were left were taken back to Limoges and preserved in red wine, which worked miracles when drunk by those afflicted with a great fever. Today St Etienne de Fursac looks after a cross dedicated to St Leobon on the road named after him near the hamlet of la Chaise. The church at Grand-Bourg is dedicated to St Leobon and St Roch.

The Gartempe at Salagnac
Here the elbow-shaped valley is very steep sided. Each side of the river is full of history ; on the left bank there was a Roman camp on Châtelard Hill, and on the right at the junction of two roman roads Salagnacum was built.

The Lazy Gartempe
There follows a section of the river which has a series of meanders owing to the small drop in height above sea level. First the river flows between the tree filled hedges around the hamlets of l’Age au Fils and Nibouleix, and then it basks in the sun as far as the Masvignier bridge, looked down upon by the large water tower on the hill above. Dotted here and there herds of cattle add to the serenity of the scenery. Twenty or so years ago the Moulin de Masvignier was a renowned restaurant. It was a delightful location - a shady terrace a few yards from the river with the gentle rush of water going over the weir. Even the mill wheel turned to entertain the tourists. The restaurant is no longer there, but one can still admire the view from the bridge. A little further on the road drops down to the old mill of la Ribière. Downstream a water treatment plant provides much of the household water supply in the area. Half a mile further downstream, at la Côte, on the site of a former woollen mill, is now a cable factory and the weir and sluices have been removed. One then crosses the bridge at la Côte and passes by the Moulin de Chatelus and the Moulin Neuf before reaching the largest drop in the river in our area : at the Lacour “factory”. A drop of at least 13 feet ! The factory was in reality an electricity generating station which was built at the beginning of the 20th century by an engineer named Barbeau. The station produced a three-phase current of 5500 volts which supplied that district of la Souterraine and even that of St Sébastien. An EDF employee lived there until the 1960s. It is now a private property (the translator’s home)

The Wild Gartempe
After its extensive meanders the river then flows through a wilder area. The hills on its left bank force the river to turn a right-angle near Pallet where another sluice slows it down. This was also the site of an ancient mill with a ford dating back to roman times. Further downstream the river forces its way between two formidable hills. The enormous rocks of Sainte Hélène are like squat sentinels at the water’s edge. In the 1950s there were plans to build a hydro-electric dam here, with the reservoir stretching back as far as la Côte. However nothing came of it.

The Mills
Next on the right bank is the newly created “Folies d’Amédée” : amongst the trees on the steep bank are a variety of contemporary rustic huts where nature lovers can spend the night. The company “Lou Fagotin” which built the huts also manufactures chestnut wood furniture which is exported all over France and beyond. There is a charming small wooden bridge across the river here.

Arrival at Fursac
The view opens up at this point. In the 1950s a renowned fishing competition was held here, with up to 150 competitors vying for gudgeon and chub. The first prize was a pig ! The Gartempe then flows close by the church of St Etienne and under a bridge (rebuilt in the 1860s). The bridge is a popular place from which to watch the firework display on 13th July each year.

Much of the above route is accessible by bicycle and many of the places are accessible by car so that one can relax and gaze at the ever-flowing waters of this beautiful river.

 


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La croix de St Léobon.


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Moulin du pont à Salagnac.


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La Gartempe paresseuse.


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En aval du pont de Mavigniers.


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L’ancienne auberge de Masvignier


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Au moulin de la Ribière.


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Ecluse de la Ribière.


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Usine de la Côte.


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Ecluse de Lacour.


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En aval de Pallet.


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Les Folies d’Amédée.


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Ecluse des moulins.


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Pont aux moulins.


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Ecluse des Gaulières.


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Pont à St Etienne de Fursac.