La crise économique de 1929 .

Le vent de l’Histoire.
Dans une vie il arrive - rarement- d’être témoin d’événements d’une importance historique. Ainsi ceux qui ont vécu la crise de société de mai et juin 1968, l’oreille collée au transistor, s’interrogeaient parfois avec angoisse sur l’avenir. Il allait se passer quelque chose, mais quoi ? On sentait le souffle du « vent de l’Histoire ». Quelques aînés comparaient cette situation à celle connue en 1936, l’époque du front populaire. Aujourd’hui, alors que tous les médias nous abreuvent sur le début d’une crise économique majeure, essayons de rappeler ce que fut l’immense krach de 1929.

Avant la crise, aux Etats-Unis.
L’élévation du niveau de vie, le standing, l’organisation des loisirs est le but principal de l’existence. L’émotion collective que procurent le cinéma, le jazz, le culte du surhomme (la star) du virtuose sportif ou du chanteur exaltent les foules. La production de masse, rendue possible par une organisation scientifique du travail, conduit à la plus haute productivité. Le progrès technique rend possible la fabrication de toutes sortes de machines, industrielles ou agricoles et rend les petites merveilles que sont un poste de radio ou un réfrigérateur accessible à tous. Tout le monde achète (sociétés, agriculteurs, ouvriers) grâce à une politique immodérée du crédit. On prête aussi à des entreprises véreuses...Business, business. Les Etats-Unis deviennent le premier créancier mondial, ils prêtent notamment à l’Autriche, à l’Allemagne, à l’Angleterre. Quelques points noirs pourtant en ce début 1929 : les dommages laissés par la guerre de 1914 sont réparés, il faut trouver de nouveaux débouchés. On assiste à la faillite de quelques banques, la construction navale marque le pas, blé et coton se vendent mal...Mais dans l’ensemble on croit à une prospérité continuelle.

Le jeudi noir, le 24 octobre 1929.
Ce jour là 13 millions de titres sont échangés à la bourse de New-York, 16 millions le mardi suivant, 70 millions en quelques jours, du jamais vu ! Panique chez les sociétés qui ont vendu à crédit c’est à dire presque toutes. Mais les Américains refusent de voir là une crise : Le président Hoover déclare : « Tout sera terminé dans 60 jours, achetez maintenant, la prospérité nous attend au tournant ». !!

Les 3 années qui suivent, la crise nourrit la crise.
Les fonds des particuliers s’épuisent à rembourser leurs crédits. Les banques réduisent leurs prêts, acculant à la faillite nombre d’entreprises commerciales et industrielles même certaines réputées « solides ». La baisse des prix est générale, environ un tiers. Le chômage enfle : peut-être 40 millions de chômeurs dans le monde dont 15 aux USA, « seulement » 500 000 en France. Le commerce international voit son volume divisé par 5. La production industrielle mondiale baisse d’environ 40 %. On assiste à une grave crise agricole d’autant plus que les récoltes sont excellentes. Là on a trop de blé, trop de maïs, trop de vin, trop de sucre, trop de café, trop de bétail ! Ailleurs des cohortes de sans travail font la queue devant « les soupes populaires ». Pour soutenir les cours on brûlera les denrées agricoles excédentaires. Panique aussi dans le monde. Les Etats-Unis exigent (sans grand succès) des pays le remboursement des sommes prêtées.

Les mesures prises pour sortir de la crise.
Les pays, inégalement touchés et avec plus ou moins de retard réagissent chacun à leur façon. Halte au capitalisme débridé, les responsables au pouvoir interviennent, c’est l’économie dirigée. Les Etats se replient sur eux-mêmes avec une tendance vers l’autarcie, les échanges internationaux sont fortement réduits.

- Aux USA.
En 1932 le président Franklin D Roosevelt est élu. S’entourant d’une jeune équipe de professeurs d’économie (le brain trust) il fait promulguer une série de lois le « New deal » ou « nouvelle donne » annonçant les interventions massives de l’Etat. On augmentera la consommation intérieure, on utilisera l’inflation et la dévaluation, on réamorcera la pompe économique (pump priming) en se substituant aux acheteurs défaillants, ces « remèdes de cheval » agissant dans l’intérêt supérieur du pays. Résultats : le dollar est dévalué de 40% ; un crédit agricole à long terme et faible taux sera accordé mais les productions des cultures et l’élevage seront bien encadrées ; dans l’industrie, un code du travail est établi entre employeurs et employés (durée du travail, rémunération, liberté syndicale) mais les industriels pourront s’entendre pour fixer le prix des denrées ; le chômage est combattu grâce à l’ouverture de grands travaux.
- En Allemagne, au Japon.
Ces pays n’ont pas de colonies pour écouler leur production. Ils sont donc tentés de conquérir ou d’asservir d’autres pays. C’est en 1933 qu’Hitler arrive au pouvoir. Au Japon dictature aussi. La crise de 1929 est l’une des causes de la deuxième guerre mondiale.
- En France.
En 1929 et 1930, la situation monétaire française est extrêmement forte. L’autosuffisance agricole ne fait apparaître qu’en 1931 les premiers signes de la crise, celle-ci se manifestant vraiment à partir de 1932 et notre pays sera relativement épargné. Après la baisse de valeurs en bourse, l’agriculture est touchée avec des excédents en blé et en vin. On diminuera leurs productions. L’industrie est alors touchée, on fera des stocks. Se superposent à la crise économique Une crise morale (nombreux scandales financiers) et une crise politique où la lutte entre partis conduit à parfois renverser des cabinets le jour où ils se présentent à la chambre ! En 1935 le ministère Laval tente une politique de déflation : si les loyers baissent de 10%, tous les revenus y compris les plus humbles sont amputés de 10%. La vie baisse mais pas autant que les salaires (10% de moins sur le salaire d’un cantonnier par exemple...,). Un profond mécontentement populaire s’ensuivra et l’on aura les grèves du front populaire de 1936. Léon Blum tentera timidement une politique de grands travaux mais le climat politique est délétère et lentement on s’achemine vers la guerre.

Peut-on tirer des enseignements sur ce que sera demain ?
A la lumière de ce résumé forcément incomplet dont les éléments ont été pris sur les livres d’histoire qui un jour ou l’autre furent aux mains des lycéens (on peut normalement y chercher un maximum d’objectivité) peut-on répondre aux questions suivantes :
- Y a-t-il des analogies entre la crise actuelle et la crise de 1929 aux Etats -Unis ?
Oui.
- La suite sera-t-elle identique ?
Cela n’est pas sûr. Pour que cela soit, il faudrait que l’Histoire -science humaine- soit une science exacte où les mêmes causes engendrent les mêmes effets. En Histoire les causes ne sont jamais exactement identiques, les conditions, les mentalités, l’environnement non plus. Qu’il y ait des répercutions c’est probable mais lesquelles et pendant combien de temps ? Qui vivra verra.
Texte de Jean René Dufour