23/01/2007. Un grand blanc que l’on croyait disparu !

En ce matin du mardi 23 janvier 2007, une clarté inhabituelle traverse les volets à lames, la neige est arrivée. Tombée en énorme quantité et imbibée d’eau, elle a déjà enfoui les premières fleurs du printemps et sa couche d’une quarantaine de centimètres va croissant. Voici le véritable hiver, le grand blanc.

Tiens l’électricité manque et arrête d’ores et déjà presque tous les chauffages. Cette neige colle et agrippe tout support. Le résultat ce sont des arbres et des arbustes cassés, d’autres ploient dangereusement au point de toucher le sol, des résineux figés qui présentent leur port hirsute. L’embonpoint des fils téléphoniques les transforme en lourdes chaînettes au bord de la rupture. Il faut les libérer de leur gangue car nous risquons des coupures.

Qu’en est-il ailleurs ? Seul un poste radio à piles peut répondre. Tout le département est quasiment bloqué, ce qui n’est pas sans nous rappeler la tempête de fin 99. Pallions au plus pressé en allumant les radiateurs à gaz, à pétrole, le feu de cheminée pour retrouver de la chaleur. Il y a même des effets inattendus : une panne de ...brouette ! Si utile pour aller chercher du bois sa roue se bloque dans la neige et il faut tripler la seule énergie qu’elle consomme, l’huile de coude. De violents « coups de tatane » la libèrent.

Seuls les tracteurs, gyrophare clignotant passent impérieux ravitailler les bovins, pour déneiger ensuite. Allant d’habitude sur les routes à une allure de tortue, ils relèguent aujourd’hui les autos au rang de ces batraciens au ventre empêtré dans la poudreuse. Ce sont ces tracteurs ou des 4x4 qui iront chercher l’essentiel : le pain, les piles. On peut se passer de tant de choses quand on a la santé, l’eau, le gaz, et un congélateur rempli ! Mais justement ces appareils ne peuvent « tenir » guère au-delà de 48 heures.

Aussi la solidarité va jouer, les mieux équipés et les plus vigoureux aidant les autres. Des groupes électrogènes itinérants reconstituent les accumulations de ...froid, un paradoxe par ces températures négatives.

On remplace la soirée télé par la petite veillée devant l’âtre : la flamme qui danse, le bois qui craquelle, la fumée qui tourbillonne et disparaît, le tic-tac de la comtoise qui perse le silence et rappelle la fuite du temps. Tout à l’heure, on se serrera un peu plus au lit en partageant une bouillotte... Un peu de romantisme dont on se lasse vite car s’est une joie immense de retrouver l’électricité après deux ou trois jours de disparition. Le retour de la fée ne s’est pas produit avec une baguette magique mais en exigeant beaucoup de travail et de peine à nombre d’anonymes.