27/11/1915. Drame familial au Breuil.

Une femme tue son mari à coup de serpe...en 1915.

Au village du Breuil, en notre commune, la tradition orale rapporte une affaire dramatique qui a stupéfait les consciences d’alors. Cette version est à peu près conforme à celle qui est recensée dans les archives judiciaires de la Creuse.

Le samedi 27 novembre 1915, au matin, à la gendarmerie de La Souterraine arrive une femme de 28 ans qui désire porter plainte contre son mari pour les mauvais traitements subis par son fils et par elle-même. Les gendarmes raccompagnent à son domicile cette femme que nous appellerons Marie. Dans la petite maison familiale, ils découvrent un spectacle effroyable : l’époux de Marie, que nous appellerons Marcel, gît à terre, portant des plaies multiples, le crâne fracturé par un objet contendant. Effectivement on découvre sous un meuble une serpe ensanglantée. Sommée de s’expliquer, Marie raconte que la veille, elle s’est interposée entre son fils et son mari ivre, celui-ci voulant étrangler ou pendre l’enfant suite à une dispute. Des appels au secours et grands cris ont alerté leur plus proche voisine, Madame Bonnet, qui attestera qu’à son arrivée Marcel serrait Marie à la gorge. L’arrivée providentielle de cette femme, puis de son mari sauve la malheureuse et l’enfant. Les Bonnet emmenèrent ce dernier passer la nuit chez eux. Les voisins partis, Marcel s’étend sur son lit, Marie va alors chercher une serpe avec laquelle elle assène de nombreux coups sur son mari jusqu’à l’issue fatale. Le jugement est rendu en Cour d’Assises de la Creuse en 1916. Marie est acquittée. Tels sont les faits résumés. On demande aux jurés d’assise de juger selon leur intime conviction, sans qu’ils aient à la justifier, et ce n’est pas forcement facile.

Quelques réflexions tout de même :
En général la Cour d’Assises est le théâtre d’affaires où sont en cause des gens issus des bas-fonds de la société. Ce crime est sordide. Marie se retrouve dans une situation qui la dépasse. Son cœur de mère l’a amenée à sauver son gosse et peut être à se venger de son ivrogne de mari au vin mauvais. A cette époque les divorces dans ce milieu sont rarissimes les femmes mal mariées subissent toute leur vie les affres de leur compagnon. De plus nous sommes en guerre, et celle-ci est terrible. Pour quelle raison Marcel à 34 ans n’y est- il pas ? A l’heure ou des centaines de milliers de papas sont morts ou vont mourir, Marcel est chez lui, père mais ce n’est pas un papa. Un papa c’est par exemple cet homme qui a passé une nuit blanche la veille de son départ pour construire une brouette à son petit pressentant avec raison qu’il ne le reverrait pas. Alors on peut comprendre ...

Il y a 40 ans, au premier plan de la photo, on pouvait voir des ruines de la maison. Il ne reste plus qu’un aplat nivelé. Derrière, une résidence secondaire qui était la maison des Bonnet.