Craonne avant



Le chemin des Dames.

A l’heure du 91ème anniversaire de l’armistice, on peut évoquer l’un des épisodes les plus sanglants de la grande guerre, la 2ème bataille de l’Aisne en 1917 dite celle du Chemin des Dames. Jules SIMONET de notre commune y trouva la mort le 16 Mai 1917 (voir en annexes).

Situation géographique.
Entre Craonne (près de Reims) et Soissons, Louis XV avait fait réempierrer une ancienne voie romaine qu’empruntaient souvent deux de ses filles pour rejoindre leur mère, une de ses ex maîtresses. On appela cette route Le chemin des Dames et par extension on désigne ainsi le plateau calcaire qui s’étend entre les rivières Aisne au Sud et Ailette au Nord.

Le contexte historique du printemps 1917.
Refoulés à l’issue de la première bataille de la Marne, les Allemands occupent le plateau et les Français les pentes vers l’Aisne. Depuis deux ans le front stagne. Chaque armée désire le rompre comme ce fut le cas en 1915 à Verdun où les Français résistèrent héroïquement.

Le plan du général Nivelle.
Ce général, héros de Verdun remplace le maréchal Joffre au commandement. Le plan de rupture du front qu’il a élaboré est commenté avec un tel enthousiasme qu’il séduit même les autorités suprêmes de l’État. Oui il percera le front sur le chemin des Dames : d’abord une armée anglaise fera diversion en libérant Arras, une préparation fantastique d’artillerie détruira les premières lignes ennemies, l’infanterie progressera alors derrière un barrage roulant d’artillerie et de chars d’assaut progressant de 100 mètres toutes les 3 minutes quitte à dépasser certains points d’appui adverse et ils poursuivront...Une armée de secours nettoiera le terrain, et finalement percera. Si la chose n’est pas faite en 48 h on renoncera.

L’attaque du 16 Avril 1917.
Les débuts sont conformes aux prévisions, mais seules les deux premières lignes ennemies sont prises. Les chars non groupés ne peuvent grimper les pentes où, cibles de choix pour l’aviation explosent en flammes. Les Allemands ont eu vent du plan d’attaque et pour le contrecarrer ont raccourci le front plus au Nord reportant les troupes libérées pour surprotéger le plateau. En surgissant d’innombrables abris souterrains établis en réseau, ils tirent dans le dos des assaillants. En plus il fait très froid sans pour autant geler une boue omniprésente. Les acquis sont dérisoires vu le prix payé : un bain de sang versé aussi par des troupes coloniales encore moins épargnées. On se battra des semaines au prix de 271 000 morts, blessés ou disparus du 1er avril au 9 mai, peut-être autant dans le camp adverse.

Les conséquences.
Nivelle est remplacé par Pétain, un des très rares généraux qui s’est soucié des conditions de vie du soldat. Mais il devra faire face aux 40 000 hommes qui se mutineront en Mai. Les poilus veulent bien se battre mais ne pas être sacrifiés aveuglément dans des attaques vouées d’emblée à l’échec. Il y aura officiellement 500 condamnations à mort dont une cinquantaine effectives parmi lesquelles des hommes valeureux tirés au sort. Nivelle sera déplacé en Algérie et occupera des fonctions très importantes après la guerre. A l’exposé de son fameux plan on croit entendre Perrette qui rêvait avec son pot sur la tête. Imprudente elle perdit du lait, le sien. Nivelle versa du sang, celui des autres.

Annexes.
Jules Simonet. Nous avons retrouvé sa fiche parmi les « Morts pour la France » sur les archives du ministère de la Défense. Il était le grand père de Mireille Vidal, Annie Pimpaud et Odette Mathé. Avec difficultés on peut lire qu’il est décédé le 16 Mai 1917 sur la route de Soissons sans doute près de Bray en Laonnois. Il avait donc survécu au début de l’attaque mais celle-ci dépassa 48 h !

Craonne.
Nous reproduisons des photos du village de Craonne (qui inspira la fameuse chanson « Adieu la vie, adieu l’amour... » (voir notre article de Novembre 2008 dans la rubrique Patrimoine) avant la guerre, et après. Classé comme non reconstructible, un arboretum y a été planté et il a été déplacé.

Le Plateau de Californie est situé entre Craonne et Vauclair (voir carte).
Aujourd’hui il offre tout le calme d’une forêt paisible, insouciant des tueries d’autrefois.

La cote 108 était un haut lieu stratégique.
Français et Allemands y creusaient des galeries parfois superposées qu’ils bourraient de centaines de kilos d’explosifs. Les explosions créaient des entonnoirs géants.

La Caverne du dragon possède une histoire complexe.
C’est une grotte qui fut occupée par les deux adversaires alternativement et même simultanément avec un mur de séparation. Quand elle ne donnait pas lieu à des batailles elle constituait malgré tout un havre de repos.

Les chars d’assaut.
Ils faisaient partie de l’artillerie roulante et furent utilisés pour la première fois en nombre. Les fantassins savaient mal les accompagner aussi leurs succès furent mitigés.

Texte de Jean René Dufour
Documents fournis par Mireille Vidal

 


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Fusillé pour l’exemple
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Craonne après
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Plateau de californie
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La cote 108