14 et 21/03/2010. Exposition « Les années 60 ».

Pour les jours des élections régionales des 14 et 21 Mars l’Association « la feuille.net » avait installé dans les deux salles du 1er étage de la mairie nombre de photos, magasines, livres et quelques objets types des années 60. Plusieurs thèmes étaient abordés.
A l’aube de 1960, la France est en plein cauchemar. La quatrième république a envoyé le contingent « rétablir la paix » en Algérie. Cette guerre qui ne dit pas son nom est un drame, en particulier pour les petits gars voient leurs 20 ans piétinés. Les anciens, attardés devant les photos des djebels arides, se retrouvent - ils avec leurs camarades, en opération dans le bled, revivant ces mille choses si longtemps tues, pensant à ceux qui sont restés là-bas ? Il faudra toute l’autorité du général de Gaulle pour accéder au cessez le feu le 19 mars 62. L’âge d’or des 30 glorieuses (1945-1975) va débuter.
Les enfants du babyboom sont adolescents et une explosion de jeunesse déferle sur le pays. Comme toute génération, elle conteste la précédente en s’amusant sur des musiques et des danses nouvelles venues d’outre Atlantique. Le twist, le madison font fureur. Pour la première fois les jeunes ont leur émission « Salut les copains » sur Europe n° 1 qu’on écoute loin des parents sur des postes à transistors. C’est le temps des copains, des idoles et de la fureur de vivre. « Pour moi la vie va commencer » chante Johnny Halliday qui par ses chansons rythmées canalise la violence des bandes des blousons noirs. Des têtes nouvelles apparaissent tout en laissant la place aux incontournables Ferrat, Brassens, Brel etc. D’autres vagues tenteront leur chance, forçant les yé-yés à s’adapter ou à disparaître.
Un événement sportif parmi bien d’autres. Deux géants du cyclisme s’affrontent sur une montagne mythique, le puy de Dôme. Les français admirent Anquetil mais Poulidor est dans leur cœur. Enfer de la côte à 14 % qui sent la sueur, public survolté. Les deux hommes, épaule contre épaule ne grimpent pas en play-back. Lutte titanesque, où toute la France retient son souffle. Poulidor va lâcher son adversaire mais pas assez pour gagner le tour de France.
Oui l’avenir apparaissait radieux, la France redressait la tête : elle construisait le « France », le Concorde (avec les Anglais), la télévision devenait populaire, on n’imagine pas aujourd’hui la merveille que c’était d’avoir le « cinéma chez soi ». Quant au véritable cinéma, il était gai (La grande vadrouille) ou tendre (Le Docteur Jivago) ou anticipait (James Bond).
Quelle chance de vivre des années sans chômage et d’obtenir facilement un emploi. Par exemple en 1962 des élèves de 1ère ayant eu leur premier bac poursuivaient une année de formation en école normale et ils étaient instituteurs ! Aujourd’hui...
La mode ne se discute pas. Mais celle-ci était à la minijupe malgré les regards sourcilleux des mères, désapprobateurs des grand-mères mais avec l’œil intéressé sinon allumé des garçons. Pas question toutefois d’aller trop vite : faire passer Pâques avant les Rameaux vous mettait la corde au cou... Mais on inventa la pilule et la libération des mœurs, timide au début ne fit que s’accélérer par la suite.
Dresser un tableau idyllique serait exagéré. La guerre froide sévissait : la construction du mur de Berlin, le blocus de Cuba, la mise au pas de la Tchécoslovaquie faisaient frémir et quand ça bardait trop, on s’abritait sous le parapluie du « Grand Charles », très critiqué aux beaux jours, mais toujours auréolé de son passé de sauveur du pays.
Un tel essor dans tous les domaines provoqua une chose à laquelle personne ne s’attendait : la crise de société de Mai et Juin 1968. De barricades en grèves le pays fut paralysé. De Gaulle ne comprenait pas, on n’avait jamais eu une telle prospérité. Il bougonna, parla de chienlit, rien n’y fit jusqu’au 30 Mai 68 ou il gronda : le pays, las de voir les petites bagnoles, y compris celles des ouvriers partir en fumée se mit à élire une chambre de droite jamais vue. Mais les ailes du géant furent brisées et l’année suivante, il dut céder la place au président Pompidou. Commencèrent alors les années 70, et cela est une autre histoire.
Cette évocation est très réductrice. En faisant cette exposition, « La feuille. net » a essayé de rappeler leur jeunesse à ceux qui ont connu ces années, montrer leur bonheur passé aux autres. Les visiteurs ont répondu à notre attente et nous les remercions ainsi que tous ceux qui ont pu nous apporter des documents.
Texte de Jean-René Dufour