Une juridiction celte à Masfévrier !

Les alentours de Boussac, Toulx-Sainte-Croix au sud du Berry forment pour George Sand un espace privilégié pour sa quête d’archéologie mythographique. Berry, Marche, Limousin sont à l’époque regardés par les érudits locaux comme un musée de traditions gallo-celtiques. Sand avait lu Michelet et Henri Martin pour qui les gaulois sont les véritables ancêtres du peuple français. L’imaginaire de Sand se rattache à l’imaginaire de l’époque marqué par une France gauloise et le culte du druidisme. Dans son roman « Jeanne » paru en 1844,son héroïne « est une vierge gauloise », « une druidesse ». Elle n’est pas la seule à marquer cet intérêt sur la religion des druides. On se souvient aussi de la belle druidesse « Velléda »de Châteaubriand dans « Les martyrs ». « Jeanne » n’est qu’une contribution originale à la celtomanie des années 1840. Au plan local citons les recherches de Jean-François Baraillon sous le 1er Empire, député de la Creuse, membre de l’Académie Celtique et archéologue amateur bien connu pour sa tendance à voir des monuments celtiques partout ! Ces références littéraires et les rites druidiques trouvent leur place dans l’imaginaire de nos archéologues de première heure du canton de La Souterraine. Leur esprit trop imaginatif l’a sans doute emporté sur leurs observations. Peu importe, Saint- Priest- la- Feuille et le Masfévrier ont vibré au 19ème siècle dans la fantasmagorie celtique. Au hasard de notre quête de vestiges gallo-romains dans les labours du village de Masfévrier, nous avions remarqué, il y près de 30 ans, sous un petit couvert d’arbres et de taillis quelques pierres qui ne nous avaient pas laissé indiffèrent. Nous y voyions alors les vestiges d’un atelier de taille, jusqu’à ce que nous retrouvions récemment les constatations faites dans la première moitié du 19 ème siècle par les premiers amateurs d’archéologie du canton de la Souterraine : M. Montaudon, membre du Conseil Général de la Creuse, et M. Yves Fesneau (1), chef d’institution de La Souterraine.

Que voyaient-ils sur le site de Masfévrier : le siège de la juridiction celtique de Breth !

Celle-ci a été décrite dans les mémoires de la Société Historique du Limousin en 1863 par E. Buisson de Mavergnier et elle se trouve en tous points conforme à notre (re) trouvaille deux siècles plus tard . Cette description était connue par M. Pierre Valadeau qui la rappelait dans ses recherches sur le canton de la Souterraine en 1892 mais il n’avait pu en situer l’emplacement malgré sa connaissance du territoire de Saint-Priest-la-Feuille où il avait été instituteur. Il en a été de même pour le Professeur Léon Binet qui en a fait aussi mention. Le temps a passé , le site a été miraculeusement préservé lors de la construction d’un chemin. E. Buisson de Mavergnier écrivait : « Dans une aride bruyère , qui porte le nom de Mas-Février, située au nord de Saint-Priest- la-Feuille , où se trouve un magnifique dolmen, au sud d’un lieu qui s’appelle Le Dru , nom significatif, M. Fesneau et bien d’autres avant lui avaient observés un groupe de pierres rangées symétriquement, et affectant la forme de sièges. Une de ces pierres, plus haute que les autres , et placée au centre du groupe , semblait marquer que là était le siège principal ; une autre , aplanie par un travail grossier, paraissait avoir servi de table ; enfin une pierre arrondie par le bas en forme de cône renversé , portant également le caractère d’un granit façonné grossièrement , et présentant à sa partie supérieure une légère excavation , se dressait auprès du siège le plus élevé. Plus loin , un peu en dehors du groupe , une autre, creusée en forme d’auge, comme pour recevoir le sang d’une victime , complétait cet ensemble de roches sinistres qui se dressait dans ce lieu sombre, entouré de bois et de taillis. H. Fesneau crut reconnaître dans cette réunion de pierres les sièges d’un tribunal de druides appelés à juger des affaires civiles et criminelles de la circonscription de Breth. La pierre en forme de dé avait dû être, selon lui, destinée à recevoir les votes, et la table de pierre avait dû servir à les compter, et à prononcer le jugement. Dans les cas emportant la peine capitale, le coupable pouvait être exécuté séance tenante , et son sang était recueilli dans la pierre creusée en forme d’auge. » et de conclure : « Si ces suppositions, si bien autorisées par la forme et la disposition du groupe de pierres étaient fondées, nous aurions appris quelque chose de relatif au Limousin sur cette religion des Gaulois dont nous avons des notions si incomplètes. ».

Ces pierres sont toujours présentes, seule celle en forme d’auge ou d’esquisse de sarcophage est brisée mais on devine parfaitement la naissance de l’excavation. Juridiction ou non, la tradition celte est là pour nous faire rêver.

Le site témoigne en tout état de cause d’un lointain passé et, avec sa redécouverte, la tradition peut se poursuivre. Sur place donnez libre cours à votre imagination. Peut-être y rencontrerez-vous Epona, la belle Déesse des chevaux et des moissons,

Texte de Jacky MARCELOT
29 juin 2010

(1) Yves FESNEAU fut entre 1830 et 1860 à l’origine de nombreuses découvertes sur le site de la ville romaine de Breth ( Bridiers.) Plusieurs objets et sculptures, fruits de ses trouvailles sont déposés au musée de Cluny. (2) Deux éléments peuvent étayer « les suppositions « de Yves Fesneau : Le Mas février, dont l’étymologie relève du bas latin « massus » maison des champs. se rattacherait à une origine romaine et peut-être à une tradition celte ; ( le mois de Février était considéré chez les romains comme le « mois de la purification ». Cette période correspondait aussi sous les celtes aux fêtes de l’imbold , le 1er février, qui ont survécu dans la Chandeleur.

Le Drut est cité pour son étymologie grecque qui signifie « chêne ».