Le treizième ginkgo biloba

En toutes choses malheur est bon.
« Docteur, en fermant les yeux une lueur bleuâtre m’apparaît, passe de gauche à droite, recommence et c’est très gênant pour s’endormir »
« Rien à voir avec un gyrophare de la gendarmerie ! Ce que vous décrivez est un trouble circulatoire. Je vous prescris un médicament qui contient un extrait de ginkgo biloba, vous connaissez cet arbre ? ... Non ? Eh bien allez à la gare de St Sulpice Laurière, on y a planté il y a plus d’un siècle une douzaine de ces arbres, la plus belle collection de France. » Un arbre à part.
Seul représentant actuel d’une famille vieille de 300 millions d’années (avant les dinosaures), cet arbre a été le premier à reprendre à moins d’un kilomètre du point d’impact de la bombe d’Hiroshima. Originaire de Chine où la traduction littérale signifie « abricot d’argent », c’est au Japon que des Européens l’appellent phonétiquement « ginkgo ». Ils l’importent au 18ème siècle.
« Biloba » signifie que ses feuilles possèdent deux lobes ceux-ci en forme de palmes puis d’éventail. On l’appelle aussi « l’arbre aux quarante écus » car un botaniste français s’en était procuré 5 exemplaires pour deux cent livres d’or, certains ont même renchéri jusqu’à 1000 écus. C’est à l’automne que ses feuilles prennent un jaune d’or lui donnant une allure somptueuse.
Une affaire de sexe.
Le ginkgo biloba se différencie en individus mâles et individus femelles. Les premiers portent des chatons cylindriques les seconds des ovules de la taille et de la couleur d’une mirabelle que le pollen des premiers peut féconder. Que cette rencontre ait lieu ou non les chatons se rabougriront, mais les ovules non fécondés émettront une odeur fétide. Aussi on plante dans les villes plutôt des individus mâles obtenus par bouturage pour ne pas être incommodés...
Les ginkgos de St Sulpice Laurière.
En 1856 fut inauguré le tronçon de la voie ferrée Châteauroux-Limoges mais le doublement des voies, la construction des gares se poursuivit bien après. L’ingénieur en chef, Monsieur de Leffe, avait comme ami intime le frère de l’empereur du Japon. Celui-ci lui fit don de 13 arbrisseaux qui furent plantés en 1864 dans la cour de la gare de St Sulpice. « Officiellement » douze survécurent et on les voit encore aujourd’hui ainsi qu’une plaque qui relate leur histoire.
Le treizième ?
Il y a une douzaine d’années je suis convié par un ami à prendre l’apéritif sur la terrasse de sa maison, une habitation de caractère non loin de La Souterraine. La discussion vient à porter sur le ginkgo biloba : « Tiens, en voici un » dit mon hôte ; à une vingtaine de pas se dresse un arbre de 15 mètres de haut. Son architecture tient du sapin mais il est recouvert d’un feuillage dense caduc. « Si tu le voyais à l’automne sous le soleil, sa parure d’or enflamme le parc ! Dans cette maison a vécu au 19ème siècle quelqu’un de très haut placé dans une société de chemins de fer, sans doute un ingénieur, je n’en sais pas plus ». Coïncidence troublante... On peut toujours rêver.
Texte Jean-René Dufour

PS : Je n’ai pas de photo de cet arbre particulier qui ressemble en tout point à ceux de la gare de St Sulpice Laurière, il est dans une propriété privée loin des routes de passage.

 


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Un médicament
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Les 12 ginkgos
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Le ginkgo d’hiroshima
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Les feuilles
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L’arbre aux 40 écus
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Les ovules
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Inflorescences males