28/08/2012 Coups de foudre

« Ce jeudi 28 août 2002 vers 9 h 15 malgré quelques bourdonnements lointains, le temps était peu menaçant ; je m’étonnais de voir les moutons du champ voisin aller nerveusement d’un bout à l’autre sans brouter alors qu’aucun chien ne les menaçait. Il bruinait à peine mais je décidai de rentrer ma voiture. Au moment de refermer la porte du garage je perçus un flash aveuglant accompagné d’un claquement sec. Des débris de bois et d’ardoises rebondirent de la toiture de l’église pour chuter jusqu’à mes pieds. Je demeurais ébahi, inquiet de découvrir l’étendue des dégâts. La foudre en s’abattant sur le clocher l’avait entaillé en profondeur. » C’est ainsi que Robert Gaudron, situé aux première loges a vécu la mésaventure de notre clocher.
La foudre, par sa violence, son caractère aléatoire a été parfois interprétée comme une punition du ciel, une manifestation de la colère divine ou un phénomène qui tient du hasard, certes toujours à redouter. En France, elle tue chaque année des dizaines de personnes, environ 20 000 animaux et allume plus de 10 000 incendies.
Les diverses étapes d’un phénomène orageux :
Une énorme bulle d’air chaud et humide s’élève sur un sol surchauffé. La température rencontrée étant de plus en plus basse, de minuscules gouttelettes d’eau apparaissent et forment le nuage appelé cumulonimbus. Poussé par un vent latéral il s’étend, le sommet atteint une altitude dépassant les dix kilomètres où règne un froid de moins 50° C. Les gouttelettes s’agglutinent et selon leur position peuvent se transformer en glace. Gouttes et glaçons sont à la fois soumis aux vents ascendants et à leur poids sans cesse croissant. En chutant leur frottement dans l’air engendre des précipitations de pluie ou de grêle et les chocs entre particules de glace aidant, le nuage s’électrise. Les charges électriques de la base du nuage, « appellent » des charges antagonistes du sol qui s’accumulent particulièrement dans les pointes (arbres, clochers...). Plusieurs millions de volts entre le sol et le nuage provoquent un arc électrique, l’éclair. Sur son passage la température de plusieurs milliers de degrés dilate et ébranle fortement l’air en créant une onde de choc, le tonnerre.
L’éclair est dangereux : il constitue un courant électrique extrême, sur son chemin des métaux peuvent fondre et un effet de souffle a lieu près du point d’impact. S’il touche une ligne électrique la surtension induite peut dégrader téléphones, télévisions, ordinateurs etc... Il suit le trajet le plus commode c’est-à-dire le plus conducteur d’où cette ligne brisée qui l’a fait représenter par un Z. Le paratonnerre avec son fil relié à la terre lui offre une voie royale. Un arbre l’attire par sa structure en pointe, il peut sauter du tronc à une personne qui s’y abriterait, la traverser et rejoindre le sol. Suite à l’invention de Franklin - il avait envoyé un cerf-volant dans les nuages ! - la mode s’empare de cette découverte coiffant les hommes de parapluies-paratonnerres et les coquettes des chapeaux paratonnerres, ce qui est ridiculement dangereux . Que dire du film où Poiret et Serrault reliaient le fil de descente au sommier métallique de leur belle-mère ! Des joueurs sur un stade ont payé de leur vie le fait de constituer une pointe. Cet été deux baigneuses ont été blessées à l’île d’Oléron.
Un arbre peut éclater suite à la vaporisation de la sève par l’éclair. C’est sans doute ce qui est arrivé au clocher dont certains éléments étaient mouillés. Certaines personnes ont été sorties de leurs chaussures pleines d’eau, d’autres totalement déshabillées. L’eau (sale), la sueur en se volatilisant chassent chaussures et vêtements. L’effet de souffle projette les personnes à plusieurs mètres, tuées ou brûlées, pourtant certaines ressortent indemnes à leur grand étonnement.
S’enfermer dans une cage. On peut aussi se protéger en pénétrant dans une cage métallique dite de Faraday où les charges électriques s’écoulent en périphérie. Une voiture en tôle peut offrir cet asile mais si elle est en plastique c’est plus scabreux. Même chose en avion : pour son premier voyage en Allemagne l’avion du Président François Hollande fut foudroyé apparemment sans dommages mais on préféra changer d’appareil.
La foudre conserve une aura de mystère. Comment expliquer que le clocher ait passé sous des milliers d’orages sans encombre et un jour au cours d’un orage peu violent soit détruit ? Une autre énigme est la foule en boule où toutes les explications sont insuffisantes. Dans les années 50 Mme Rose Cerbelaud du Breuil racontait volontiers « Il faisait orage, une lueur orange me poussa à regarder à la fenêtre. J’aperçus une boule grosse comme un petit ballon suspendue dans l’air, je l’entendis ensuite taper deux fois à la porte, elle reparut puis disparut d’un trait en prenant le chemin des « peux ». J’entendis alors un énorme craquement. Un châtaignier qu’elle rencontra sans doute ne fit plus de feuilles l’année suivante. »
Des anecdotes il y en aurait des centaines, souvent fascinantes. La foudre n’a pas fini de nous étonner.
Texte de Jean-René Dufour

 


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Le clocher après la foudre
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Parapluie paratonnerre
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Chapeau paratonnerre
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Chêne frappé à St Sulpice les Feuille en 1995
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La foudre en boule