Immense châtaignier à Néravaud

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Bouquet d’automne
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Régénération


Le châtaignier

Au 19ème siècle, lorsque les maçons creusois émigraient à pied vers les grandes villes afin de gagner leur vie, ils devaient souvent supporter les huées des habitants des régions traversées. « Ah la faim fait sortir du bois les mangeurs de châtaignes, la récolte de l’an passé a été pauvre ! » Il y a une frontière pour le châtaignier car il pousse en terrain granitique et non en milieu calcaire. Pour la bêtise, il n’y en a pas...
Nous sommes bien à la limite nord du territoire de cet arbre. En Corrèze, il y en a eu huit fois plus, dans les Cévennes il tapisse toutes les vallées. En moyenne altitude il recouvre les montagnes corses, et en Sicile on en a connu un de 50 mètres de tour. Cet arbre, méditerranéen à l’origine s’adapte partout dans le monde aux mêmes latitudes. Adulte à trente ans, au bout d’un siècle son tronc devient noueux, l’intérieur dépérit, donnant asile à des huppes, des écureuils. Ensuite, le centre pourrit, s’évide : en patois on dit qu’il se forme des crolles. Une mort proche ? Non, il se régénère en faisant jaillir tout autour de lui des perches qui s’élancent vers la lumière : une deuxième jeunesse.
Combien de nos ancêtres maçons ont rêvé de la soupe au lait et aux châtaignes avec une envie croissante dès qu’avec les froids s’annonçait le retour au pays ? Pendant la Révolution, l’agronome Rougier Labergerie parcourant la Creuse avait qualifié le châtaignier d’arbre à pain et souhaitait que l’on en plante comme « arbres de la liberté ». Lors du bicentenaire en 1989, le lycée agricole d’Ahun a exaucé en partie ce souhait.
Il se fond dans le paysage naturel de nos campagnes. Ses bons vieux piquets où s’accroche le fil de fer barbelé parquent les bovins. En « fin de carrière », le bois mourra avec fureur dans une rage d’étincelles en craquant dans la cheminée.
Mais d’autres utilisations le font rechercher. L’entreprise « Lou fagotin » aux Moulins de St Etienne de Fursac n’hésitait pas à écrire : « Le châtaignier arbre magique ». Non seulement elle a réalisé des abris rustiques placés dans les gorges de la Gartempe - les folies d’Amédée - mais elle a confectionné une grande variété de meubles légers en tordant à chaud les branches. A Bénévent-l’Abbaye l’atelier de M Richard fabrique et recouvre certains toits de bardeaux de châtaignier. Un bardeau est une tuile de bois en général rectangulaire d’environ 33 cm x 15 cm et dont l’épaisseur non uniforme varie entre 1 et 2 cm. On l’obtient en fendant des perches de bois dans le sens des fibres et non en sciant puis on aplanit sa face qui sera tournée vers l’intérieur, on amincit la partie haute avant d’être cloué sur un toit. Pratiquement imputrescible, écologique ce revêtement garantit l’étanchéité des toits pendant au moins 60 ans.
Et ce n’est pas tout. Les élèves du BTS Assistant en Conception Industrielle du lycée R Loewy ont exposé un ameublement en châtaignier au salon international de design du festival des jardins de Chaumont sur Loire.
Le châtaignier est un arbre dont les longs chatons jaunes égaient nos promenades l’été, dont les fruits grillés ou blanchis assurent des réunions conviviales à l’automne. Son bois apporte l’authenticité. Une belle revanche pour l’arbre du pauvre ! On doit donc optimiser cette ressource naturelle à qui Jean Ferrat avait rendu hommage dans une chanson du même nom :
J’entends les vieux planchers qui craquent
J’entends du bruit dans la baraque
J’entends j’entends dans le grenier
Chanter chanter mon châtaignier.
Texte de Jean-René Dufour.

 


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Meubles Lou Fagotin (JP Bernard)
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Fabrique de bardeaux (M Vincent)
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Des bardeaux sur les toits de Bénévent
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Jean Ferrat