Moulin de Chatelus



Les moulins de notre commune

Y a-t-il image plus bucolique, plus pittoresque que celle d’un moulin au bord d’une rivière ? Le cadre a été une mine inépuisable d’inspiration pour les écrivains (George Sand), les peintres (ceux de l’école de Crozant), les musiciens ou les photographes. Lieu d’idylles également à en croire les innombrables refrains allant de la chansonnette à la musique de Schubert en passant par l’opérette : La fille de la meunière, Jolie meunière, La belle meunière, Le moulin qui jase... La fraîcheur du lieu, son calme fait du chuintement régulier de l’eau, le courant qui passe, immuable, incitent à la rêverie, à l’amour.
L’édification des moulins ne doit rien au côté « fleur bleue » de leurs réalisateurs. Il s’agissait de mettre à profit une part de l’énergie gratuite de la rivière pour accomplir des travaux pénibles : moudre les céréales, mais aussi filer, tisser et au vingtième siècle produire de l’électricité. Un moulin pouvait remplacer 40 hommes !
Avant la révolution, la noblesse et parfois le clergé en tiraient de substantiels revenus.
La construction nécessitait la rehausse du niveau de la rivière par une digue submergée qui créait une écluse.
L’eau, prise en amont par un canal tombait sur une roue à aubes ou a godets et rejoignait le cours. La rotation de la roue se communiquait aux divers mécanismes par un système d’engrenages de poulies et de courroies. Jusqu’au début du 20ème siècle les grains sont broyés entre deux meules, l’une fixe la dormante, l’autre mobile la courante. Il en résulte un mélange de farine et de son. La farine passe au travers d’une toile fine et tombe dans des trémies pour l’ensacher. Le son est renvoyé se faire moudre de nouveau. A partir de 1910 environ les meules sont remplacées par un système de cylindres, certains excentrés.
Sur notre commune, se trouvent sur la Gartempe les moulins de La Ribière, de La Rebeyrolle, de Chatelus, du Moulin Neuf, de La Bergeade (ou de Lacour), sur la Semme ceux de Néravaud et de Semme, sur la Sédelle celui du moulin du Drut soit une dizaine environ (en certains endroits il y en avait 2). Voici quelques éléments de leur histoire glanés en partie dans les livres anciens. Les monants d’un moulin étaient les agriculteurs qui lui apportaient leurs céréales. Beaucoup fabriquaient chez eux le pain, les fours étant presque dans chaque maison.
Moulin de Semme.
Gabrielle de Rouville, vicomtesse de Bridiers l’acquiert en 1655 puis le loue à divers meuniers : Pierre Denuis (1655), Mathieu Méraud (1668), Christophe Nadaud(1671), Grégoire Vistré, (1673), Jacques Méraud (1680)... Il avait ses monants à l’Age aux Choux, Sagnemoussouse et La Villaubert.
Moulin de Chatelus.
Gabrielle de Rouville l’afferme à Antoine Lemaigre (1666), Jean Cariat (1675), Nicolas et Gilbert Lefrère (1677). Ses monants résidaient au Breuil, Chatelus et au Moulin Neuf.
Moulin(s) de Néravaud.
Situé à la chaussée de l’étang, l’un appartenait en 1512 à Jacques Foucaud seigneur de St Germain et de Cros. Il est affermé en 1512 à « Martial du Moulin Neuf, dit Négraud ». Par la suite il appartint aux vicomtes de Bridiers. Ses monants habitaient Commarteau, Néravaud, Lascoux, Fréminges, La Vilatte.
Moulin de la Bergeade.
C’était une mini-centrale électrique construite pour une compagnie d’électricité au début du 20ème siècle. Son infrastructure était analogue à celle d’un moulin avec une hauteur de chute importante (4m). M Barbaud était le chef des travaux : ses ouvriers disposaient d’un chameau utilisé comme bête de somme, ce qui chez nous est resté inédit. On produisait un courant triphasé de 5500 V pour alimenter des communes du canton de La Souterraine et même celle de Saint Sébastien. M Barbary, entre les deux guerres puis son gendre M Jardel furent les agents de fonctionnement à demeure jusque vers 1960. Leur vigilance était parfois mise à rude épreuve en cas d’orages. En 1990, l’endroit constituait encore un nœud du réseau électrique de distribution.
Tous les moulins ont une histoire et un jour, quand il aura passé encore beaucoup d’eau là où étaient leurs roues, quelqu’un viendra-t-il compléter ce récit, timide ébauche d’un passé devenu enchanteur.
Texte de Jean-René Dufour

 


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Moulin de la Bergeade ou de Lacour
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Moulin de la Ribière
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Un moulin de Néravaud
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Roue du moulin de Chatelus
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Trémie et broyeurs à cylindres (Chatelus)
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Systèmes de transmission (Chatelus)