Un loup du parc de Chabrière



Histoire de loups.

Le loup dans la littérature.
« Alors le loup se précipita sur la petite chèvre et la mangea. » Ainsi se termine la tragique histoire de la chèvre de M Seguin. La leçon de morale, dite en patois est savoureuse : « Reste tchi, et si t’écoutas pas, le loup vai venir te kère par te mingea » (Reste ici, obéis sinon le loup va venir te chercher pour te manger). Eh oui la liberté se paie au prix fort. Daudet, comme des générations de parents ont entretenu l’ancestrale peur du loup, cet animal « Enorme, immobile, assis sur son train de derrière,...qui passe sa grosse langue rouge sur ses babines d’amadou... » Au moyen-âge où l’on avait des raisons de redouter le grand prédateur, les auteurs du « Roman de Renard » le font passer pour une brute avide doublée d’un benêt : Sur un étang gelé Ysengrin pêche une nuit entière avec un seau accroché à la queue. Le seigneur du coin glisse en voulant le tuer et tranche le précieux appendice. Puni par là où il avait pêché ! Alfred de Vigny lui, en fait un personnage stoïque : « La mort du loup » contée par les ados des « Saltimbanques » sous la houlette de Jean-Claude Durosier il y a quelques années était grandiose. « ... refermant ses grand yeux il meurt sans jeter un cri. »

La préservation de l’espèce.
Aujourd’hui l’animal n’est plus craint au moins dans notre région. On a créé près de Guéret un parc à loups dans la forêt de Chabrières où l’on peut observer les animaux, assister à leur repas et avoir tout renseignement sur l’espèce. Les efforts consentis permettent leur sauvegarde.A St Priest la Feuille peut-être sont ils passés à « La pierre au loup », le chaos granitique de Freminges. Ils se réfugiaient dans les grandes forêts comme celles de Chabannes, de Bessac, de Saint Germain. On dit : « La faim fait sortir le loup du bois » et bien cela était vrai à La Souterraine au 19ème siècle où très souvent les loups rôdaient la nuit près des lieux où l’on abattait bovins ou moutons. Qu’est-ce que quinze kilomètres pour un loup !

La fosse aux loups.
Depuis des temps immémoriaux les gens de Chabannes savent que dans leur forêt existait une fosse aux loups. C’était un grand trou profond aux parois abruptes, recouvert de branchages au fond duquel on plaçait quelque carcasse. Attiré par l’odeur, poussé par une faim...de loup, l’animal tombait dans la fosse et restait prisonnier. On raconte cette légende : un tailleur de La Vilette, ses ciseaux en bandoulière rentre chez lui au Nouhaud, en passant par Créchat. Dans la forêt où son chemin coupe celui qui va de Ars à Chabannes, il s’égare et chute dans un large trou dissimulé. Il voit alors deux yeux briller alors qu’un long hurlement le glace. Il comprend qu’il se trouve dans un piège à loups et en présence de l’animal. Alors il fait claquer ces ciseaux sans arrêt. Le loup, décontenancé par le bruit et l’éclat des lames se tient coi toute la nuit. A l’aube des bûcherons viennent délivrer l’infortuné tailleur et tuent l’animal. La fosse à loup existerait toujours mais sans doute totalement remplie de végétation je n’ai pu la localiser.

Les battues.
Le curé de St Maurice adresse le 29 Mars 1788 une lettre à M Dufourt, avocat et procureur d’office à La Souterraine : « Vous feriez bien d’ordonner une chasse à Bessac, car les loups s’y sont multipliés au point qu’ils dévastent tous les troupeaux » Nous ne savons si elle eut lieu. Par contre en 1886, une battue réunissant 1800 personnes est organisée dans la forêt de St Germain en présence des gendarmes et du grand louvetier de La Souterraine : un grand loup qui auparavant avait mordu une vieille femme est tué (cf la HISTOIRES DE LOUPS.

Attaque d’un troupeau à Marchanteix.
« Les Echos de la Creuse » en 1885 relatent le fait suivant à Marchanteix commune de St Priest la Plaine : « Jeanne Pichon, 21 ans, gardait ses moutons quand une louve vint se jeter sur le troupeau. Le chien de Jeanne se jette sur l’agresseur mais le combat est très inégal et il va succomber quand deux voisins Charles Dieudonnat et Léon Nicaud (18 et 10 ans) interviennent. Un coup de cognée de Charles fait lâcher prise à la louve qui fonce sur Léon réfugié dans un buisson. L’enfant se bat courageusement. Charles et la bergère accourent et malgré les blessures de Léon parviennent à tuer l’animal. »

Faut-il avoir peur du loup ?
Le hurlement du loup effraie, c’est une longue plainte modulée qui semble ne pas finir, à laquelle d’autres de très loin peuvent répondent. Lugubre ! Tous les spécialistes attestent qu’il est très exceptionnel que le loup attaque l’homme. En sa présence il faut éviter de courir. Comme l’a narré Eugène Le Roy dans « Jacquou le croquant » de nombreuses bergères en cognant leurs sabots l’un contre l’autre maintenaient les loups à distance. Alors faire du camping sauvage dans le Mercantour ? Promis, on n’aura pas peur. Tout juste la petite crainte d’être une exception...

Texte de Jean-René Dufour.

 


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Madame Seguin
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Loup de St Germain Beaupré (1886)
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Une mère attentive
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Loup qui hurle
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Curiosité et peur du loup