HISTOIRES DE COCHONS.

Porc = cochon = sale
Dans le langage familier les termes « porc » et « cochon » sont synonymes. Au propre comme au figuré ils évoquent un être ou une conduite peu ragoutante. Le porc est-il sale ? Ma foi...Il se roule volontiers dans le lisier ou dans la boue et l’odeur n’est supportable que s’il se trouve en petit nombre. Quand on traite une personne de porc on s’indigne. Maupassant raconte l’histoire d’un homme -Morin - qu’on ne désignait plus que par « Ce cochon de Morin ». Ce trentenaire, émoustillé par une semaine à Paris se retrouve seul avec une belle fille dans le train du retour. Il se méprend sur le sourire de la demoiselle à son réveil et tente de l’embrasser de force. La belle se débat, porte plainte.
L’affaire fait tant bruit que l’on ne parle que de ce cochon de Morin, un harcèlement qui lui sera fatal.

Une choucroute.
Mis à part certaines cultures la viande de porc est la plus consommée dans le monde. Le dicton selon lequel « Dans le cochon tout est bon de la queue jusqu’au menton » permet une variété importante de mets. Se retrouver devant une grande assiette transformée en corbeille fumante ! Sur un lit de choux fermentés au lait trône un jambonneau. Tout autour des saucisses, rouges, brunes, du lard fumé, de la palette, du saucisson accompagnées de pommes de terre bouillies. Un bock de bière ou des bouteilles au long cou vous transportent au pays des grands oiseaux blancs nichés sur les clochers.

La « Saint cochon »
Autrefois le jour où on sacrifiait le porc constituait une fête nommée « La Saint Cochon ». La bête qui pesait autour de 150 kg était tuée par un « habitué » que l’on aidait pour préparer les morceaux et les cochonnailles. Le premier acte était barbare : sans toujours assommer la bête, la carotide était tranchée, une femme recueillait dans une bassine le sang qui giclait. Ce n’était pas beau. Puis la bête était mise entre deux couches de paille que l’on enflammait pour brûler les poils. Avec une boîte de sardines trouée la peau était raclée jusqu’à ce qu’elle devienne lisse et blanche. Le corps de l’animal était ensuite pendu par les pattes arrière sur une échelle pour être éviscéré. Tout un savoir-faire transformait la bête en rôtis, pâtés, boudins... Plus bio cela n’existe pas et quelle saveur !

L’élevage.
Presque toutes les fermes possédaient au moins une truie (la gagne) dont on élevait les 5 ou 6 petits (les gorets). On les vendait au bout de quelques mois sauf un qui était engraissé pour plus tard. Les porcs, omnivores étaient bien nourris sur les moyens propres de la ferme. Dans une remise appelée « la chaudière » on cuisait au bois dans un grand récipient en fer, pommes de terre, choux, carottes fourragères. Ca sentait bon ! Presque autant que la soupe aux légumes. L’ensemble broyé additionné d’eau de vaisselle, de petit lait, d’avoine ou d’orge, de restes de repas, de son constituait la brenade. Depuis les farines industrielles ont supplanté cette nourriture dans des porcheries où les bêtes se comptent par centaines. L’odeur est autre...

Le « marchand de cochons »
Mon grand-père, connu sous son prénom d’« Arthur », négociant en porcs achetait, vendait des bêtes de tous poids aux agriculteurs, allait aux foires jusque dans le Poitou et le Berry. Aussi tous ces cochons étaient en transit, pas le temps de s’attacher à eux. Tous les jours il chargeait, déchargeait des animaux désorientés et apeurés. Les premiers arrivés sur le pont du camion flairant un vague danger s’arrêtaient et faisaient bouchon malgré quelques coups de trique et les aboiements du chien ; il fallait les tirer par une oreille et aussi par la queue. Un jour « une pile », appareil fonctionnant sur le principe des clôtures électriques fut appliquée sur les fesses des derniers. L’effet fut spectaculaire : les cochons montaient les uns sur les autres et se ruaient à l’intérieur. Au marché les porcs étaient enfermés en des cages à claire-voie ayant un fond couvert de paille. Les bêtes surélevées paraissaient plus grandes...

L’amour cochon.
Arthur possédait aussi un verrat. Il ne se passait pas de semaine sans qu’un éleveur amène sa « gorette » en chaleur. Celle-ci était débarquée dans un lieu fermé qui existe toujours « le quai ». Le mâle sans doute touché par les phéromones, ne se faisait pas prier pour trouver son chemin en émettant de brefs grognements rapprochés, la gueule dégoulinante d’écume. Parfois la femelle se refusait obstinément. L’agriculteur ne l’entendait pas de cette oreille, il avait fait le trajet, il devait y avoir consommation : la truie était attachée et ...violée même si elle criait un quart d’heure. Le porc est célèbre pour sa queue en tire-bouchon, mais son organe érectile a la même forme mouvante... et donc il faut l’aider, tâche dévolue à un ouvrier. Suivaient dix à quinze minutes d’ébats, chez les porcs on prend son temps.

Le dernier cochon.
Un porc peut s’apprivoiser et manifester de l’affection : certains arrivent à le mettre en appartement en le rendant aussi propre qu’un chien mais quelque soit la race il devient encombrant. Avec l’arrêt d’activité de mon grand-père il ne resta que le verrat quelques temps. La grand-mère s’était attachée à cette bête qu’elle avait soignée des années et dont elle frottait le dos à l’occasion, remerciée par des grognements amicaux. Un jour on vint le chercher pour la boucherie (avant il allait être castré à vif !). « Adieu mon gros, il faut y aller » dit elle en le frottant une dernière fois. Fermant ainsi un pan de sa vie, pensant au sort de cette bête, la grand-mère se mit à pleurer.

Texte de Jean-René Dufour

 


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Ce cochon de Morin
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Hum !!!!
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Grillade à St Priest
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On tue le cochon
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Éviscération à St Priest
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Cochonnailles
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Marchandage
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Arthur et son verrat