JPEG - 54.4 ko
Chaudière






JPEG - 32.9 ko
Lit de coin






JPEG - 30.4 ko
Joug


1944 - Roger, "un p’tit réfugia" -4-

Épisode 4 - le Grand-Breuil : MARIE

Elle était sortie d’un appentis noir et fumeux, une construction en pierre de granit, dans lequel se trouvait la grande chaudière en fonte noire qui servait à préparer chaque jour la nourriture des cochons.

Sur le seuil je découvris une vieille femme, tout en noir. Ses manches retroussées laissaient voir des avant-bras maigres et ridés, halés par le soleil. Elle s’essuya les mains sur son tablier noir noué sur sa blouse noire. De son visage ridé par trop de travaux sous le soleil je ne vis que son regard et la paix revint en moi. Elle portait le chapeau de paille traditionnel des femmes creusoises, bien emboîtant, avec une visière devant pour protéger du soleil, plat dessus, traversé d’une aiguille à tricoter pour le maintenir solidement en place. Sur le derrière, une espèce de décrochement permettait d’y loger le chignon. Elle me dit en français en me prenant par la main : Viens mon petit "fini donc d’entrer ". Plus tard quand j’ai compris le patois je me suis aperçu que c’était la traduction littérale du "Chaba d’entra" qu’elle avait traduit pour moi. C’est le mot d’accueil coutumier du pays, celui repris aujourd’hui par les offices de tourisme

Creuse pays du "chaba d’entra" !

J’avais fini d’entrer, dans leur maison et dans leur vie.

La route, les larmes, le changement d’air, le dépaysement, tout cela m’avait abattu. Marie m’avait donné un grand bol de lait. Elle m’expliqua que c’était le lait tout frais de leurs vaches. Elle m’avait préparé un bon lit, un lit de merisier si haut qu’il m’avait fallu une chaise pour y grimper. Je m’étais blotti dans un matelas de plumes, couvert d’un édredon de plumes, fourré le nez dans un oreiller de plumes, toutes plumes récoltées, triées, façonnées par Marie. Sans plus attendre, je sombrais dans un sommeil profond jusqu’au chant des coqs.

Imaginez mon réveil ce lendemain matin de mai. J’étais un enfant neuf. Les bruits qui allaient me devenir familiers se mettaient en place dans ma tête. Les volailles caquetaient depuis bien longtemps. Les puissants mugissements des vaches provenant de l’étable en bas m’impressionnaient autant que les rugissements des lions du zoo de Vincennes. La curiosité me jeta en bas du lit, puis en bas de l’escalier en plein dans la salle commune. Marie était déjà à l’ouvrage nettoyant les ustensiles de la traite du matin tout en me préparant un petit déjeuner. Lait maison, pain maison, beurre maison. Il n’y a que le banania qui sortait de chez le marchand.

- As-tu bien dormi ?
- Oui Madame Roby.

Elle ne faisait pas de discours. J’avais senti tout de suite que j’étais adopté.

Et puis vint Chette son mari. Le patron. Il était au travail depuis quelques heures car on se lève tôt à la campagne. Il rentrait pour manger un bout. Marie dit : « C’est Chette, ton patron. Il bougonne beaucoup mais il n’est pas méchant ». Ça c’était vrai.

On était bien ensemble. Chacun pour des raisons différentes. Je connaissais les miennes. Pas les leurs mais avec le temps je n’avais qu’à les apprendre.

Après le petit déjeuner, Marie me dit d’aller voir Raymond son fils, il me montrerait comment lier les bœufs. Lier les bœufs ça veut dire les attacher ensemble par la tête avec un truc en bois, un joug et des lanières de cuir. Comme ça, en suite, on peut les atteler après pleins de trucs à traîner : des charrettes, des tombereaux, des rouleaux. Ce n’est pas croyable tout ce qu’on peut leur faire traîner aux bœufs. Ils étaient énormes Costaud et Champion. Des vrais colosses.

Bon, pour la toilette on verrait çà plus tard. L’important c’est ma nouvelle vie.

D’abord au Paradis on est toujours propre !!

 






JPEG - 29.5 ko
Chapeau creusois
JPEG - 34.8 ko
Marie