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les foins



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la batteuse à La Rebeyrolle












1944-45 - Roger, "un p’tit réfugia" -7-

Épisode 7 - le Grand-Breuil : C’est fini !

Je suis le "Prisonnier évadé de la rue Prisse d’Avesnes". C’est là qu’était mon école à Paris en 1943, et Mr Chesnay mon maitre très sévère. Comme j’étais moins que moyen, je n’avais qu’une envie, le voir le plus loin possible ! "Adieu m’sieu Chesnay". Il a été sans le savoir une des raisons de mon voyage en Creuse !

Les habitants de la commune de Saint Priest-la-Feuille ont fait un bel acte de citoyenneté en 1943/1944 par l’accueil de petits réfugiés parisiens.

Notre venue était planifiée de longue date. On n’est pas arrivé suite à une catastrophe ou un bombardement.

Nous vivions comme ceux qui nous accueillaient. Notre quotidien était le même que celui des autres enfants du village : école (à pied) cantine le midi sans doute payée par la croix rouge ? retour à pied. Jeudi Dimanche et vacance même régime que les petits creusois : garder les vaches (mes meilleurs souvenirs), aider aux travaux des champs, faire les foins, la moisson (sans lieuse) attacher les gerbes, ramasser les patates, faire des fagots et aussi jouer en gardant les vaches.

De l’argent ? on n’en avait pas besoin ! Des cartes alimentaires ? pour quoi faire, il y avait tout à la propriété ! Les colis ? les parents n’avaient rien à manger à Paris, c’est en partie pour ça que nous étions là ! à Paris à cette époque, le pain de 750 grammes coûtait 3 francs 70 (anciens !) soit 150 francs égal 43 pains, soit 32 kilos.

Les vêtements, on avait apporté les nôtres. Moi je portais les tabliers d’écolier de Raymond ou des pulls à lui. Mes souliers "de parisien" étaient bien rangés et j’avais des sabots à brides fait par le gendre de Marie Roby, René (Bouillet de Crépiat).

Les visites ? mon père est venu en décembre 1944 et ma mère en mars 1945 mais j’étais bien là au milieu de mes bestiaux !

Parents vous étiez loin ! je vous aimai mais pourtant vous ne me manquiez pas.

Côté finances chaque mois Mr Guerin passait et donnait, je crois, 150 francs. Il nous prenait à part pour savoir si tout allait bien. Pour moi c’était impeccable mais d’autres étaient moins bien lotis !!

Moment de délice : mon bol de lait, le pain cassé dedans, le Banania dessus, assis sur le banc de bois entre la maison et le portail de l’étable. Les odeurs me chatouillent les narines, celle du branchier devant la maison, celle du tas de fumier qui coule en flaques irisées, celle de la pêcherie où vont boire nos vaches, celle du lavoir qui sent encore un peu le savon, mon Amérique à moi !!

Ça a été un passage merveilleux pour un petit parisien !! la preuve je n’ai jamais pu m’en passer (Roger a une maison dans une commune avoisinante, et viens régulièrement humer l’air creusois et saluer ses amis)

Je suis resté jusqu’à fin septembre 1945.

La guerre était finie ! et mes vacances aussi !

 


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le ramassage des pommes de terre

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le petit déjeuner