Moisson près du Breuil.
Années 40.



La moisson d’antan.

    Il y a antan et antan. Pour couper les céréales, on a utilisé la faucille, la faux, la faucheuse, la javeleuse, la moissonneuse lieuse et puis aujourd’hui la moissonneuse batteuse. Toujours la sueur a ruisselé sur les fronts halés des hommes, et plus on remonte le temps plus leurs travaux étaient pénibles. Les innovations techniques les ont certes soulagés mais la production s’est accrue, alors ... posons-nous dans les années 50.

    On commence par faire les chemins. Après la mi-Juillet le soleil a transformé en grèves dorées les champs de blés, d’orge ou d’avoine cernées par des haies ou des bois d’un vert sombre. La « métive » débute, saluée par les claquements secs des gousses des genêts qui s’ouvrent. Il faut d’abord « faire les chemins », c’est-à-dire frayer un passage à la machine tout autour du champ. Rrrac..., Rrrac... : un moissonneur portant à la ceinture une corne de vache en guise de goumier exécute en cadence un véritable ballet : d’un geste large du bras droit, tout en oscillant d’un pied sur l’autre, il balance le crochet, une faux munie de rabatteurs qui accompagne les tiges sectionnées dans leur chute sans les emmêler. Derrière, avec des liens de paille la fermière les ceint en javelles.

    Pendant ce temps deux hommes « montent » la lieuse. Cette machine, chef d’œuvre mécanique en soi, possède une position de route pour la convoyer par les étroits chemins et une position de travail où elle coupe, ramasse et lie. La « monter », c’est la restructurer. Puis on entreprend une série de réglages : graissage, tension des toiles, vérification du bon glissement de la lame, de l’arrivée de la ficelle (de sisal). On adapte la hauteur de coupe et celle des rabatteurs.

    Enfin on attelle. L’aiguille de la moissonneuse est reliée au joug de deux bœufs, quelquefois une paire de vaches placée devant eux les aidera ou un percheron qui accommodera son pas. Les tiges, sectionnées par la lame, couchées par les rabatteurs, tombent sur le tablier où une toile sert de tapis roulant pour les amener entre deux autres. Les rotations inverses de celles-ci élèvent la récolte jusqu’au lieur où elles sont d’abord pressées. Un déclic, et un trident par un tour gracieux expulse la gerbe. Le cisaillement des tiges, leur compactage forme le bruit bien reconnaissable de la moissonneuse lieuse.

    On plante puis on rentre la récolte. Les gerbes sont mises à sécher en tas (les piles) pendant deux ou trois jours jusqu’à ce que l’on vienne les charrier jusqu’à la grange où elles sont entassées avec ordre. « C’est dans la grange que le grain mature » disaient les vieux.

    Quelques semaines après... Les javelles aplaties sont jetées sur le « monte gerbes », sorte de tapis roulant et commence le battage. L’épisode de la batteuse, fabuleux entre tous, se déroule, une autre histoire...


    Nous remercions la municipalité et le comité des fêtes de Chamborand qui préparant leur fête de la batteuse du 15 août nous ont permis de prendre des photographies ainsi que M Marcel Barret, un maître pour manier le crochet.
Texte de Jean René Dufour

 


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Grève blonde.

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Marcel Barret affute le crochet.

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Le montage de la lieuse.

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C’est parti.

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Petite fille devant une pile.

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Une charettée.